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Fallait bien que j’appelle Ménick, le barbier des sportifs, pas plus tard que le jeudi après-midi, la veille du décès de Guy Lafleur, pour lui demander des nouvelles toutes fraîches du Démon blond, me doutant tout de même un peu de la réponse. Sa réponse fut instantanée : « Il n’en a plus pour longtemps notre Flower. On va bientôt se réveiller, un bon matin, et il ne sera plus là.»

Je ne me doutais pas que ce matin serait celui du lendemain. Voyez-vous, Guy Lafleur a été loyal jusqu’à sa mort. Ménick était un ami du numéro 10. Depuis son arrivée avec les Canadiens, il est toujours allé voir Ménick pour se faire coiffer. Et quelle chevelure…!

J’ai à peu près tout lu, écouté et regardé dans les jours qui ont suivi son décès. Une foule de souvenirs me sont venus à l’esprit. Je vous les lance pêle-mêle.

Élève, ensuite étudiant, je fais mes devoirs à la maison, le soir.

Lors des soirs de matchs des Canadiens, j’arrête les devoirs pendant que Lafleur est sur la glace… et je recommence quand il quitte la patinoire. Les devoirs n’avancent pas vite les soirs où joue le CH. Quand on manque un match, mon père ou moi, deux questions inévitables sont posées à l’autre le lendemain : « Le Canadien as-tu gagné? Qu’est-ce que Lafleur a fait? »

Mai 1979.

Je viens d’arriver au secondaire. Un de mes amis est un grand partisan des Bruins de Boston. On se nargue régulièrement. Le Canadien affronte les Bruins en demi-finale. Le but égalisateur de Lafleur à la toute fin du 7e match sème l’hystérie dans le Forum. Le CH gagnera le match en prolongation. Bien sûr, je jubile autant devant mon téléviseur que les spectateurs au Forum. C’est fou ce que le magnétisme de cet homme peut provoquer comme réaction!

16 février 1985.

Le Canadien rend hommage à Guy Lafleur lors d’une soirée spéciale au Forum. J’y suis. J’ai tout fait pour dénicher des billets auprès de mes contacts. On retire son numéro 10 à jamais, quelques mois à peine après l’annonce de sa retraite, « une annonce qui n’avait pas d’allure et qui était nettement prématurée », disais-je à tous mes amis. J’étais convaincu qu’il allait revenir. J’ai encore la chair de poule en repensant à cette soirée magique!

Le 4 février 1989.

Son retour au Forum avec les Rangers de New York. Lafleur marque deux buts contre Patrick Roy. Je crie comme un perdu en regardant le match, dans le sous-sol!

Le 30 mars 1991.

Dernier match de Guy Lafleur, avec les Nordiques, au Colisée de Québec. J’y suis, en tant que reporter pour CKAC 730. Quelle chance j’ai de faire ce métier! La grande Ginette Reno interprète (pour la première fois en public, je pense), son grand succès L’Essentiel. Une autre soirée magique et mémorable.

Aussi bizarre que ça puisse paraître, j’oublie ma première rencontre en personne avec lui. Ça sûrement eu lieu au Forum. J’y ai travaillé pour la radio et la télé de 1991 à sa fermeture.

Je me rappelle de ma rencontre avec Guy à son restaurant de Berthierville, à son autre restaurant de Rosemère. Chaque fois, il prenait le temps de s’asseoir avec moi et de jaser, longuement, de hockey et de la vie. Qui suis-je pour qu’il m’accorde ce temps?

Et puis, il y a 5 ou 6 ans, mon amie russe Natalia, avec qui j’ai travaillé aux Jeux olympiques de Sotchi, en 2014, est en vacances chez moi.

Elle a un stage en production de matchs avec le Canadien. Nous attendons l’ascenseur au Centre Bell. Qui arrive? Eh oui… Je lui présente Natalia. Il se met à jaser de ses voyages à Moscou et en Union soviétique. Après quelques photos et une signature d’autographe, il nous quitte. Elle reste bouche bée devant la simplicité et la générosité de cette légende.

Voilà. Guy Lafleur représentait l’excellence!

Il avait un charisme que j’ai vu chez peu de gens dans ma vie. Au fond, ce qui nous a marqué chez lui, c’est bien plus ce qu’il était à l’extérieur de la patinoire. Sur la glace, il était un très grand, le meilleur. À l’extérieur, un géant, un vrai.

 

Christian Gauthier
Président et conseiller senior
G5 Communications